26/01/2019

Letícia Yumi Marques no jornal francês Le Monde – Rompimento da barragem – Brumadinho – Vale – Segurança de complexos de mineração

Au Brésil, la rupture d’un barrage ravive la polémique sur la sécurité des complexes miniers.

Samedi soir, un bilan provisoire des autorités de l’Etat du Minas Gerais faisait état de 34 morts et 300 disparus. Le barrage avait, pourtant, été inspecté le 10 janvier.

Les Brésiliens se frottent les yeux en découvrant les images de la catastrophe de Brumadinho, avec l’impression de revivre la tragédie déjà vécue par l’Etat du Minas Gerais en novembre 2015. Depuis vendredi 25 janvier, ils revoient, incrédules, les mêmes scènes de dévastation et la violence du torrent de boue recouvrant tout sur son passage en quelques minutes comme il y a trois ans, près de la ville de Mariana. Selon les pronostics de l’Agence nationale de l’eau, la boue chargée de déchets miniers qui s’est déversée dans le fleuve Paraopeba pourrait atteindre dans les prochains jours le fleuve Sao Francisco, à 300 kilomètres de là. Un bilan établi par les autorités samedi en fin d’après-midi faisait état de 34 morts et quelque 300 disparus. Les pompiers brésiliens ont suspendu pour la nuit la recherche de survivants.

Cette impression de déjà-vu est d’autant plus forte que la même entreprise est à l’origine de cette nouvelle tragédie : le géant minier Vale, premier producteur de minerai de fer au monde et le plus important employeur de la petite ville de Brumadinho, à 60 kilomètres de la capitale de l’Etat, Belo Horizonte, où est située la mine de Córrego do Feijão. Ses employés, présents vendredi au moment de la rupture du barrage, constituent l’immense majorité des victimes.

L’ouvrage qui a cédé était situé en amont d’un réfectoire et d’un bâtiment administratif. La mine compte un complexe de treize barrages qui a produit 26,3 millions de tonnes de minerai de fer en 2017, soit près de 7 % de la production de Vale selon les chiffres de l’entreprise.

Dimanche, un autre barrage menaçait de se rompre de façon imminente. La compagnie minière Vale a indiqué dans un communiqué avoir actionné les alarmes après avoir « détecté une hausse des niveaux de l’eau dans le barrage VI », structure qui fait partie de la mine Corrego do Feijao, dont le barrage I s’est rompu vendredi. Les pompiers ont déclaré, de leur côté, avoir entamé l’évacuation des villages voisins. Des opérations qui ont nécessité la suspension des opérations de recherche d’éventuels survivants de la coulée de boue de vendredi.

Le barrage I qui a cédé, édifié en 1976, était « désactivé » depuis trois ans, mais contenait cependant treize millions de mètres cubes de boue, issue des rejets de l’activité minière.

« Fort impact » en cas d’accident

L’Agence nationale des mines, responsable au Brésil de l’octroi de permis et du contrôle d’une partie des installations, a confirmé dans un communiqué que Vale avait bien réalisé « un contrôle de ce barrage par une entité indépendante en septembre dernier ». Selon ce diagnostic, le barrage présentait un « risque faible de rupture », mais un « fort impact » sur l’environnement en cas d’accident. Or, l’« entité indépendante » mentionné par l’entreprise est un bureau d’étude, travaillant souvent exclusivement pour Vale, dont l’indépendance est régulièrement remise en question par les scientifiques.

Le poids économique du géant minier dans la région est un autre facteur décisif dans l’octroi des permis. Le secrétariat à l’environnement du Minas Gerais s’était réuni le 11 décembre 2018 pour examiner une nouvelle licence de production de ce complexe minier. Le compte rendu de la réunion, rendu public par la presse brésilienne, révèle que la possibilité d’une rupture du mur de contention avait été évoquée par le responsable de l’Ibama, l’organe qui contrôle également les installations minières, et par la représentante de la société civile, qui avait été la seule à voter contre la délivrance d’un nouveau permis.

Pour la professeure en droit environnemental à l’université PUC de Sao Paulo Letícia Marques, « la loi au Brésil est suffisamment rigoureuse, elle impose aux entreprises des obligations très strictes pour préserver l’environnement. Le problème vient des organes chargés de contrôler son application qui ont perdu leur personnel et leurs moyens financiers pour travailler correctement. »

Risques de rupture sur 20 barrages du Minas Gerais

Vendredi soir, le président de Vale, Fabio Schvartsman, a assuré en conférence de presse détenir « une très longue liste d’actions réalisées pour éviter toute nouvelle tragédie depuis celle de Mariana. Nous avons amélioré les contrôles de nos barrages, ainsi que les mesures de sécurité. » Des propos difficiles à accepter pour Danilo Chammas, l’avocat qui défend les victimes de Vale au niveau national, exprimant sa « colère » et sa « frustration » devant les images de la catastrophe.

« Il existe aujourd’hui des technologies bien plus performantes pour traiter ces déchets sans devoir les entreposer dans des barrages vétustes, commente Danilo Chammas. Même Vale avait commencé en 2009 à étudier cette question via un projet dénommé « zéro barrages ». Mais Vale refuse de débattre sur ces questions malgré nos interpellations, y compris pendant l’Assemblée annuelle des actionnaires à Rio de Janeiro. »

Samedi, le président Jair Bolsonaro a survolé en hélicoptère la zone dévastée mais sans prononcer le moindre mot à la presse. « Le président va devoir changer son discours sur la flexibilisation des permis d’exploitation minière, estime Letícia Marques. Ce que je constate, c’est que la population brésilienne est indignée et veut, au contraire, plus de contrôle. » Une population brésilienne en colère mais aussi inquiète de ces tragédies à répétition. Selon une récente étude de l’université du Minas Gerais, au moins 20 barrages, sur les 450 que compte l’Etat du Minas Gerais, présenteraient des risques sérieux de rupture.

Publié le 26 janvier 2019 à 21h41, mis à jour hier à 12h09

Correspondance à Rio, Anne Vigna